Lettre XI de Bilichilde

De Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil au Chevalier Godomar de Chanavae

Mon cher Godomar,

Nous n'imaginez pas quel fut mon plaisir hier de vous revoir vous et votre damoiseau! Une semaine, oui, une semaine presque sans se voir. Imaginez-vous? Point de Victor, point de cinéma, point de dîner à la lueur de vos lumières crussoliènnes... Si vous aviez vu dans quel dépit cette situation me mettait! Mais tout rentre dans l'ordre puisque notre journée d'hier en compagnie du Chevalier Athalaric et de Mademoiselle Gudule fut en tout points exquise.
Je suis ravie également que vous appréciez mon imagination qui, parfois tout de même, se montre beaucoup trop fertile. Je ne vous ferai point le récit de mes rêves les plus dégentés, mais je dois dire qu'il s'agit là de vrais pépites burlesques, fantastico-romantico-incroyables...
Peut-être un jour aurez-vous le privilège d'écouter mes récits!
Mais il est vrai qu'en ce moment, mes voyages au pays de Morphée sont un peu troublés. Peut-être parce que mon Chevalier *** de Burdigala prend toute la place... Je devrais y songer et remédier à cela.

Amitié gourmande,

Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Lutèce, ce Dimanche 10 mai 2009

Lettre XVI de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Madame Himiltrude de Chanavae

Chère mère,

quelle aventure, en effet ! J'ai jeté un globe oculaire à ces photographies que vous m'avez mandées, et me suis réjouis, en les consultant, de n'avoir point été parmi vous le jour de ce périple montagnard ! Malgré mes prédispositions zodiacales, vous ne savez que trop bien combien je préfère la chaleur des paysages urbains à ces glaciales hauteurs où dansent les Oréades.
Pour ma part, je navigue d'un travail à l'autre ; mon esprit -comme à son habitude me direz-vous- est en ébullition, et je dors peu (rassurez-vous cependant : je mange à ma fin, et j'ai même découvert hier, à deux pas de chez moi, un restaurant fort charmant, digne d'une auberge perdue en pleine montagne, où, pour quelques piécettes, l'on mange sain et à sa faim).

Pardonnez enfin la concision abrupte de ce courrier, mais l'inspiration ne vient plus, et je ne peux me résoudre à la violenter. Recevez donc, chère mère, l'affection la plus tendre de votre fils bien-aimé.

Godomar.

Lutèce, ce Vendredi 8 mai 2009

Lettre XV de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Chère Eintligarde,

En effet, mon travail universitaire occupe davantage mon emploi du temps ces derniers jours, tout comme l'effervescence de mes projets et la présence de mon cher et tendre Athalaric. Mon avenir, comme le vôtre, m'apparait enténébré de brumes maléfiques, et je préfère, pour être sincère, ne pas y penser du tout. Je ne connais point ce métrage que vous avez visionné et que vous a conseillé le Chevalier *** de Lutèce (pourquoi ce dernier n'écrirait-il pas parmi nous ? pourquoi ne le lui proposeriez-vous pas ?), mais peut-être pouvez-vous me dire quel en est l'auteur, afin que je m'en fasse moi-même -si je le connais- une petite idée. Je suis attristé de savoir que vous confirmez résolument votre non-venue à Lutèce pour ce weekend, et regrette que vous ne puissiez rendre visite à notre ami le Chevalier *** d'Ourcet qui se morfond en Albion, loin de nous, et que ce mécréant de l'Empire du Milieu a décidé d'abandonner.

Dans l'attente impatiente de vous revoir, veuillez accepter, ma très chère et inestimable Eintligarde, l'expression sincère de mon amitié.

Godomar.

Lutèce, ce Mardi 5 mai 2009

Lettre XIV de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Chère Bilichilde,

Veuillez pardonner mon retard. Il se trouve qu'à la lecture de votre précédent courrier, j'ai été sidéré par l'étendue de votre imagination, en découvrant lignes après lignes les péripéties par lesquelles vous affligez ce malheureux -et fictif- postier. Si je n'avais point été amusé par ce petit conte, je vous aurais cru accablée par la mythomanie, et vous aurais fermé séant les portes de mon appartement. Cruelle aurait été cette issue dans notre amitié, car qui mieux qui vous sait partager avec ma personne ces délicieux moments au cours desquels nous pélerinons jusqu'à la boulangerie Victor dans le Bayou lutécien ? Qui mieux que vous sait écumer des papilles en ma compagnie devant les vitrines des pâtisseries qui fleurissent dans notre ville, et scander "you're number four" avec une voix lascive en imitant Ali Larter ?

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Mardi 5 mai 2009

Lettre II de Himiltrude

De Madame Himiltrude de Chanavae au Chevalier Godomar de Chanavae

Cher Godomar,

Me pardonnerez-vous ce silence indigne d’une mère à qui son pauvre fils, livré à l’angoisse et au désarroi le plus profond, réclamait des paroles rassurantes devant les affligeantes nouvelles qui nous parviennent des quatre coins du monde ? Je n’ai pas été prompte à répondre, j’en conviens, mais lorsque vous connaîtrez les motifs d’un tel retardement, je suis sûre que je serai absoute.

En vérité mon cher fils, j’ai tout d’abord été dans le même état que vous : comme je souffrais d’un léger gratouillement à la gorge, la panique s’est emparée de moi : j’étais le 22° cas de France et la comtesse de Vachelotte l’ignorait ! J’avais contracté cet horrible fléau à Lutèce en me promenant au Père Lachaise où j’avais malencontreusement effleuré la rampe qui me menait à la section 13, là où repose notre regretté poète, rampe qu’avait indubitablement touchée un mexicain en exil fraîchement débarqué sur nos terres, en un mot, j’étais malade, j’allais vous perdre et je n’avais rien fait de ma vie !

Fort heureusement, vous connaissez votre mère, capable des pires excès mais atteinte aussi parfois par des éclairs de raison : j’ai repris mon ouvrage et confectionne désormais des masques blancs brodés avec vos initiales et celle de toute notre illustre famille afin de nous prévenir de toute contagion que cette affreuse peste des temps modernes voudrait nous infliger !

Il faut, pour tout avouer, que je vous dise aussi que les évènements se sont bien bousculés ces derniers temps et qu’entre deux coups d’aiguille je me suis retrouvée hébergée pour trois jours chez nos amis Valentinois. Que voulez-vous, la vie est ainsi faite : au vide et à l’ennui succèdent des moments qui, pour notre plus grand bonheur, ne nous laissent aucun répit. Je vous laisse imaginer la surprise que m’avait concoctée l’espiègle vicomte de L. : une ascentionnelle promenade sur les crêtes enneigées de la montagne qui borde leur province. J’ai cru mourir mille fois mais je reconnais les délices que procurent le vertige des sommets et la beauté du monde vu d’en haut. Le vent qui y souffle s’amuse à nous faire vaciller comme des brindilles et se moque de notre gravité terrestre. Son bruit sourd nous saoule et cingle nos tympans, nous obligeant alors à rentrer la tête et plier les épaules comme si nous étions poursuivis par un importun plaisantin imitant à nos oreilles la voix du fantôme. Sa violence ludique nous pousse sans indulgence : ces hautes terres ne nous appartiennent pas, nous ne méritons pas de vivre là, l’ air y est trop pur et trop saturé et qu’en redescendant nous trouvons bien doux l’abri de la vallée et son air vaguement infesté !

Bien à vous,

Votre mère dévouée.

Chanavae, ce Mardi 5 mai 2009

Lettre VIII d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio au Chevalier Godomar de Chanavae

Très cher Godomar,

J’attends impatience de vos nouvelles, et m’inquiète un peu : pourquoi ne répondez-vous pas à ma dernière lettre ? J’imagine que vous n’avez que peu de temps pour vous. Avez-vous repris votre travail universitaire ? Le mien a repris aujourd’hui même, plutôt difficilement. Mon avenir professionnel est bien sombre en ce moment, puisque je serai dans quelques jours interrogée sur des leçons que je n’ai pas eues ! Je suis extrêmement fatiguée, mais n’ai aucun droit de flancher, je ferai de mon mieux et cela se passera sûrement bien.
Je ne pourrai malheureusement pas venir à Lutèce ce week-end, je ne me souviens pas vous avoir déjà prévenu. J’en suis fort attristée, mais je ne peux me le permettre.
J’ai hier regardé Chungking Express, sur les conseils du Chevalier *** de Lutèce, l’avez-vous déjà vu ? J’aime particulièrement cet univers esthétique.
Dans l’attente de recevoir prochainement de vos nouvelles,

Mes plus belles amitiés,

Eintligarde

Divio, ce lundi 4 mai 2009

Lettre VII d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio à Mademoiselle Gudule de Lutèce

Ma chère Gudule,

J’ai été ravie de vous revoir lors de mon séjour à Lutèce. J’espère que depuis vous allez bien. Je suis tombée l’autre jour sur nos œuvres (qui sont sublimes, cela va sans dire), et elles m’ont arraché un beau sourire. J’ai également ouvert les yeux de plusieurs personnes sur l’affaire de ce boys band fort irrespectueux !
J’espère vous revoir très prochainement, et attends impatiemment de vous lire ici-même !

Joyeuses amitiés,

Eintligarde

Divio, ce vendredi 1er mai 2009

Lettre VI d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio au Chevalier Godomar de Chanavae

Mon très cher Godomar,

Je suis bien triste de savoir que la Dame de la Télévision ne vous a pas rappelé. Ce ne sont vraiment pas des manières de gens civilisés ! J’espère que votre mal est à présent tout à fait passé et qu’Hélios a fait son retour à Lutèce comme sur Divio. En effet, ma belle capitale burgonde est toute éclairée de rayons bienfaiteurs, et la chaleur commence à nous écraser, ce qui n’est pas si désagréable que cela en a l’air.
J’ai reçu tout à l’heure des nouvelles du Chevalier *** de Lutèce (enfin, si nous pouvons appeler ça des nouvelles, mais j’ai tout de même senti mon cœur faire un bond jusque dans mon estomac) J’ai l’autre jour revu le Chevalier *** de *** (je m’en serais bien passé, mais il est arrivé à l’improviste). Je ne sais pas si vous voyez de qui je veux parler, ce Chevalier avec qui j’ai eu une relation il y a quelques années, et qui est toujours épris de moi. Il s’est donc passé ce qu’il devait se passer, et j’avoue honteusement avoir pensé au Chevalier *** de Lutèce pendant que l’autre était là. Mais peut-être que cela ne voulait rien dire, peut-être ai-je juste besoin de reporter mon attention sur un Chevalier quelconque.
Vous me manquez fort, mon très cher Godomar, mais je ne sais toujours pas si je pourrai être là pour le samedi 9. Cela dépend assez de Mademoiselle *** de ***, que vous connaissez déjà il me semble, et de la disponibilité de sa voiture avec chauffeur. Je ne manquerai pas vous tenir au courant.
Je vous demande de m’excuser si parfois je vous agace lorsque je me plains de moi-même, je sais que vous ne le supportez pas. Sachez que mon amitié pour vous est toujours aussi forte, peut-être même de plus en plus.
Je ne manquerai pas faire un tour au firmament, et je m’excuse platement de n’avoir pu le faire depuis lundi, mais j’ai tant de choses à faire avant de reprendre mon travail universitaire la semaine prochaine.
Passez mes amitiés à Mademoiselle Gudule de Lutèce, je m’en vais lui écrire une lettre, mais je doute qu’elle y réponde.
En espérant vous revoir prochainement,

Mes plus belles amitiés,

Votre dévouée Eintligarde

Divio, ce vendredi 1er mai 2009

Lettre V d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio à Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Ma chère Bilichilde,

Recevoir une lettre de vous me ravit ! J’espère que vous vous êtes bien remise de la fatigue consécutive à votre long voyage, et que tout se passe pour le mieux à Lutèce.
Je vois bien de qui vous me parlez, j’ai eu le privilège de le rencontrer grâce à, vous vous en doutez, Autour d’un Arbre. Je serais enchantée de partager quelques scènes avec vous ! Malheureusement, je ne sais toujours pas si je pourrai revenir à Lutèce dans une semaine. Je viendrai si je trouve un moyen de transport plus pratique et moins coûteux que la voie ferroviaire.
Les jours se rallongent à Divio, et le soleil s’y est installé. Tout va pour le mieux, excepté peut-être que je reprends mon travail universitaire ce lundi.
J’espère vous revoir prochainement,

Tendres amitiés,

Eintligarde

Divio, ce vendredi 1er mai 2009