Lettre XX de Godomar

Du Chevalier de Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Très chère Eintligarde,

j'ignore quel est le présent climat au détour des rues du vingtième arrondissement, bien que votre emploi du terme "morosité" me laisse imaginer un temps pareil à celui qui s'abat par chez moi ; ici, dans les abords populaires du quartier de République, un froid malveillant a pénétré les murs de mon appartement et glace les os de mes doigts et de mes orteils, et j'ai dû revêtir d'inélégantes chaussettes hivernales. Ceci n'est pas digne d'un printemps, et je me trouve fort fâché à l'encontre de la Nature.
Cette soirée est par ailleurs tout à fait prenante, et je m'étonne de trouver le temps de vous écrire, entre mes dossiers universitaires, un montage de photographies, et l'organisation de la petite Fête des Baisers de dimanche, qui, mine de rien, approche à grands pas, et à laquelle vous et votre cher et tendre Chevalier *** d'Agedincum êtes bien entendu conviés, comme à l'habitude.
Je retourne à mes travaux fastidieux, malmené par l'odeur tentatrice des pan-cakes qui cuisent un à un dans ma poêle, et que je dore allègrement de sucre et de jus de citron. Il faudra que vous me contiez un peu par ici quelques unes de vos croustillantes aventures professionnelles, et que vous me croquiez, avec cet humour qui vous colle à l'épiderme, les personnages de votre nouvelle vie de stagiaire !

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Mardi 11 mai 2010.

Lettre IX d'Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio au Chevalier Godomar de Chanavae

Très cher Godomar,

Vous n'imaginez pas comme vos dernières missives ont illuminé ma journée, et comme cela contrastait bien agréablement avec la morosité dont s'est paré notre belle Lutèce. J'ai grandement apprécié ces moments passés en votre compagnie, car il est bien vrai que nous ne nous étions point vus depuis fort longtemps. Le Chevalier *** d'Augusta Viromanduorum m'a également mise au courant pour le Chevalier au Parapluie, et j'en étais ma foi fort heureuse pour lui.
J'espère que vous excuserez le retard que je prends à vous répondre, ainsi que ce billet si court. Je dois vous avouer que mon cher Chevalier *** d'Agedincum me presse de le rejoindre sur notre couche afin de contempler How I met your mother, dont je vous ai tant parlé.
Saluez Philibert pour moi, et donnez-moi bien vite de vos nouvelles : je ne manquerai pas d'y répondre.

Mes plus sincères amitiés,

Eintligarde

Lutèce, ce Mardi 11 mai 2010

Lettre XIX de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Très chère Eintligarde,

cette soirée dans vos appartements, en l'inattendue compagnie de votre cher et tendre, et celle toujours plus délicieuse du Chevalier *** d'Augusta Viromanduorum, expert en contes lubriques dont une narration plus exhaustive serait ici inappropriée (et, figurez-vous qu'il a rejoint cette personne qui lui a donné ce romantique baiser dans l'après-midi, sitôt après son départ), fut des plus charmantes. Il me tarde que vous nourrissiez notre correspondance comme ce soir nos ventres ont été nourris de ces délices importés des Indes. Je sais combien votre temps est devenu précieux, pareil à des métaux rares, mais je vous en conjure, vous devez me répondre. Soyez brève, rapide, concise, je vous absoudrai ; l'attente de votre billet m'est insupportable !

Mes sincères amitiés,

Godomar

Lutèce, ce Lundi 10 mai 2010

Lettre XVIII de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Très chère Eintligarde,

je vous mande ici ce billet dans l'espoir de vous relire encore, car vous savez combien j'ai d'estime à l'égard de votre phrasé. Hier soir, j'ai déploré que vous ne puissiez nous accompagner dans le Bayou lutécien, mais cela n'a point altéré les délices de ces instants passés en votre compagnie, et j'ai bon espoir que nous nous verrons effectivement dans le courant de la semaine, comme vous me l'avez promis, afin de dîner autour de quelques mets importés des Indes (car enfin, nous habitons désormais tous deux à Lutèce, et nous n'en profitons plus assez !). Il est à regretter que votre tendre ami ne puisse se joindre à nous ; dites-moi donc quelles aventures l'auront alors éloigné de vos appartements, et si vous pensez que le Chevalier *** d'Augusta Viromanduorum, cet éminent biologiste, viendra consommer avec nous les plaisirs d'un repas entre amis. Peut-être ce dernier écrira-t-il un jour, qui sait, en ce lieu de correspondance bienséante et raffinée ! Je me charge de le lui proposer. Quant à vous, veillez à ne point vous engourdir dans la paresse et travaillez votre Mémoire, sans quoi les cruelles cordes du Destin vous lieront à Lemonum plus longtemps que nous ne saurions le supporter.

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Dimanche 9 mai 2010

Lettre XVII de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Douce Bilichilde,

voilà donc un an que nous n'avons pas correspondu en ce lieu, et je dois avouer qu'après la soirée d'hier, qui m'a été fort agréable, en votre compagnie, et en celle de nombreux amis, un relent de nostalgie a grandi en moi, inattendu, violent, et je suis revenu ici pour consulter notre défunte correspondance. Figurez-vous que Mademoiselle Gudule est arrivée peu après votre départ, en compagnie de son méridional fiancé, et qu'elle a fortement regretté de ne point vous trouver chez moi. Nous nous sommes promis de dîner ensemble en cours de semaine, et si vous passez par l'Université jeudi, malgré l'Ascension, nous aurons le plaisir de nous retrouver au RU (ce lieu divin qui sait exciter nos papilles). Pour ma part, je serai en activité de montage cinématographique jusqu'à vendredi, près de la salle bleu nuit tropical, en vue de parachever ce métrage que nous réalisons pour le cour de Sieur Le Perron. Ces prochains jours promettent donc d'être chargés, et je dois remettre à plus tard à la fois la rédaction de mon Mémoire, de mon projet de Master, et mes divers projets personnels.

Et vous, contez-moi un peu vos frasques et vos aventures ! Vous savez bien que je ne me lasse jamais de vous lire, d'autant que j'imagine, superposée à vos mots, la douce voix de vieille dame un peu snob dont vous savez parer vos cordes vocales dans le but de nous divertir.

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Dimanche 9 mai 2010