Lettre XX de Godomar

Du Chevalier de Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Très chère Eintligarde,

j'ignore quel est le présent climat au détour des rues du vingtième arrondissement, bien que votre emploi du terme "morosité" me laisse imaginer un temps pareil à celui qui s'abat par chez moi ; ici, dans les abords populaires du quartier de République, un froid malveillant a pénétré les murs de mon appartement et glace les os de mes doigts et de mes orteils, et j'ai dû revêtir d'inélégantes chaussettes hivernales. Ceci n'est pas digne d'un printemps, et je me trouve fort fâché à l'encontre de la Nature.
Cette soirée est par ailleurs tout à fait prenante, et je m'étonne de trouver le temps de vous écrire, entre mes dossiers universitaires, un montage de photographies, et l'organisation de la petite Fête des Baisers de dimanche, qui, mine de rien, approche à grands pas, et à laquelle vous et votre cher et tendre Chevalier *** d'Agedincum êtes bien entendu conviés, comme à l'habitude.
Je retourne à mes travaux fastidieux, malmené par l'odeur tentatrice des pan-cakes qui cuisent un à un dans ma poêle, et que je dore allègrement de sucre et de jus de citron. Il faudra que vous me contiez un peu par ici quelques unes de vos croustillantes aventures professionnelles, et que vous me croquiez, avec cet humour qui vous colle à l'épiderme, les personnages de votre nouvelle vie de stagiaire !

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Mardi 11 mai 2010.

Lettre IX d'Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio au Chevalier Godomar de Chanavae

Très cher Godomar,

Vous n'imaginez pas comme vos dernières missives ont illuminé ma journée, et comme cela contrastait bien agréablement avec la morosité dont s'est paré notre belle Lutèce. J'ai grandement apprécié ces moments passés en votre compagnie, car il est bien vrai que nous ne nous étions point vus depuis fort longtemps. Le Chevalier *** d'Augusta Viromanduorum m'a également mise au courant pour le Chevalier au Parapluie, et j'en étais ma foi fort heureuse pour lui.
J'espère que vous excuserez le retard que je prends à vous répondre, ainsi que ce billet si court. Je dois vous avouer que mon cher Chevalier *** d'Agedincum me presse de le rejoindre sur notre couche afin de contempler How I met your mother, dont je vous ai tant parlé.
Saluez Philibert pour moi, et donnez-moi bien vite de vos nouvelles : je ne manquerai pas d'y répondre.

Mes plus sincères amitiés,

Eintligarde

Lutèce, ce Mardi 11 mai 2010

Lettre XIX de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Très chère Eintligarde,

cette soirée dans vos appartements, en l'inattendue compagnie de votre cher et tendre, et celle toujours plus délicieuse du Chevalier *** d'Augusta Viromanduorum, expert en contes lubriques dont une narration plus exhaustive serait ici inappropriée (et, figurez-vous qu'il a rejoint cette personne qui lui a donné ce romantique baiser dans l'après-midi, sitôt après son départ), fut des plus charmantes. Il me tarde que vous nourrissiez notre correspondance comme ce soir nos ventres ont été nourris de ces délices importés des Indes. Je sais combien votre temps est devenu précieux, pareil à des métaux rares, mais je vous en conjure, vous devez me répondre. Soyez brève, rapide, concise, je vous absoudrai ; l'attente de votre billet m'est insupportable !

Mes sincères amitiés,

Godomar

Lutèce, ce Lundi 10 mai 2010

Lettre XVIII de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Très chère Eintligarde,

je vous mande ici ce billet dans l'espoir de vous relire encore, car vous savez combien j'ai d'estime à l'égard de votre phrasé. Hier soir, j'ai déploré que vous ne puissiez nous accompagner dans le Bayou lutécien, mais cela n'a point altéré les délices de ces instants passés en votre compagnie, et j'ai bon espoir que nous nous verrons effectivement dans le courant de la semaine, comme vous me l'avez promis, afin de dîner autour de quelques mets importés des Indes (car enfin, nous habitons désormais tous deux à Lutèce, et nous n'en profitons plus assez !). Il est à regretter que votre tendre ami ne puisse se joindre à nous ; dites-moi donc quelles aventures l'auront alors éloigné de vos appartements, et si vous pensez que le Chevalier *** d'Augusta Viromanduorum, cet éminent biologiste, viendra consommer avec nous les plaisirs d'un repas entre amis. Peut-être ce dernier écrira-t-il un jour, qui sait, en ce lieu de correspondance bienséante et raffinée ! Je me charge de le lui proposer. Quant à vous, veillez à ne point vous engourdir dans la paresse et travaillez votre Mémoire, sans quoi les cruelles cordes du Destin vous lieront à Lemonum plus longtemps que nous ne saurions le supporter.

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Dimanche 9 mai 2010

Lettre XVII de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Douce Bilichilde,

voilà donc un an que nous n'avons pas correspondu en ce lieu, et je dois avouer qu'après la soirée d'hier, qui m'a été fort agréable, en votre compagnie, et en celle de nombreux amis, un relent de nostalgie a grandi en moi, inattendu, violent, et je suis revenu ici pour consulter notre défunte correspondance. Figurez-vous que Mademoiselle Gudule est arrivée peu après votre départ, en compagnie de son méridional fiancé, et qu'elle a fortement regretté de ne point vous trouver chez moi. Nous nous sommes promis de dîner ensemble en cours de semaine, et si vous passez par l'Université jeudi, malgré l'Ascension, nous aurons le plaisir de nous retrouver au RU (ce lieu divin qui sait exciter nos papilles). Pour ma part, je serai en activité de montage cinématographique jusqu'à vendredi, près de la salle bleu nuit tropical, en vue de parachever ce métrage que nous réalisons pour le cour de Sieur Le Perron. Ces prochains jours promettent donc d'être chargés, et je dois remettre à plus tard à la fois la rédaction de mon Mémoire, de mon projet de Master, et mes divers projets personnels.

Et vous, contez-moi un peu vos frasques et vos aventures ! Vous savez bien que je ne me lasse jamais de vous lire, d'autant que j'imagine, superposée à vos mots, la douce voix de vieille dame un peu snob dont vous savez parer vos cordes vocales dans le but de nous divertir.

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Dimanche 9 mai 2010

Lettre XI de Bilichilde

De Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil au Chevalier Godomar de Chanavae

Mon cher Godomar,

Nous n'imaginez pas quel fut mon plaisir hier de vous revoir vous et votre damoiseau! Une semaine, oui, une semaine presque sans se voir. Imaginez-vous? Point de Victor, point de cinéma, point de dîner à la lueur de vos lumières crussoliènnes... Si vous aviez vu dans quel dépit cette situation me mettait! Mais tout rentre dans l'ordre puisque notre journée d'hier en compagnie du Chevalier Athalaric et de Mademoiselle Gudule fut en tout points exquise.
Je suis ravie également que vous appréciez mon imagination qui, parfois tout de même, se montre beaucoup trop fertile. Je ne vous ferai point le récit de mes rêves les plus dégentés, mais je dois dire qu'il s'agit là de vrais pépites burlesques, fantastico-romantico-incroyables...
Peut-être un jour aurez-vous le privilège d'écouter mes récits!
Mais il est vrai qu'en ce moment, mes voyages au pays de Morphée sont un peu troublés. Peut-être parce que mon Chevalier *** de Burdigala prend toute la place... Je devrais y songer et remédier à cela.

Amitié gourmande,

Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Lutèce, ce Dimanche 10 mai 2009

Lettre XVI de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Madame Himiltrude de Chanavae

Chère mère,

quelle aventure, en effet ! J'ai jeté un globe oculaire à ces photographies que vous m'avez mandées, et me suis réjouis, en les consultant, de n'avoir point été parmi vous le jour de ce périple montagnard ! Malgré mes prédispositions zodiacales, vous ne savez que trop bien combien je préfère la chaleur des paysages urbains à ces glaciales hauteurs où dansent les Oréades.
Pour ma part, je navigue d'un travail à l'autre ; mon esprit -comme à son habitude me direz-vous- est en ébullition, et je dors peu (rassurez-vous cependant : je mange à ma fin, et j'ai même découvert hier, à deux pas de chez moi, un restaurant fort charmant, digne d'une auberge perdue en pleine montagne, où, pour quelques piécettes, l'on mange sain et à sa faim).

Pardonnez enfin la concision abrupte de ce courrier, mais l'inspiration ne vient plus, et je ne peux me résoudre à la violenter. Recevez donc, chère mère, l'affection la plus tendre de votre fils bien-aimé.

Godomar.

Lutèce, ce Vendredi 8 mai 2009

Lettre XV de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Chère Eintligarde,

En effet, mon travail universitaire occupe davantage mon emploi du temps ces derniers jours, tout comme l'effervescence de mes projets et la présence de mon cher et tendre Athalaric. Mon avenir, comme le vôtre, m'apparait enténébré de brumes maléfiques, et je préfère, pour être sincère, ne pas y penser du tout. Je ne connais point ce métrage que vous avez visionné et que vous a conseillé le Chevalier *** de Lutèce (pourquoi ce dernier n'écrirait-il pas parmi nous ? pourquoi ne le lui proposeriez-vous pas ?), mais peut-être pouvez-vous me dire quel en est l'auteur, afin que je m'en fasse moi-même -si je le connais- une petite idée. Je suis attristé de savoir que vous confirmez résolument votre non-venue à Lutèce pour ce weekend, et regrette que vous ne puissiez rendre visite à notre ami le Chevalier *** d'Ourcet qui se morfond en Albion, loin de nous, et que ce mécréant de l'Empire du Milieu a décidé d'abandonner.

Dans l'attente impatiente de vous revoir, veuillez accepter, ma très chère et inestimable Eintligarde, l'expression sincère de mon amitié.

Godomar.

Lutèce, ce Mardi 5 mai 2009

Lettre XIV de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Chère Bilichilde,

Veuillez pardonner mon retard. Il se trouve qu'à la lecture de votre précédent courrier, j'ai été sidéré par l'étendue de votre imagination, en découvrant lignes après lignes les péripéties par lesquelles vous affligez ce malheureux -et fictif- postier. Si je n'avais point été amusé par ce petit conte, je vous aurais cru accablée par la mythomanie, et vous aurais fermé séant les portes de mon appartement. Cruelle aurait été cette issue dans notre amitié, car qui mieux qui vous sait partager avec ma personne ces délicieux moments au cours desquels nous pélerinons jusqu'à la boulangerie Victor dans le Bayou lutécien ? Qui mieux que vous sait écumer des papilles en ma compagnie devant les vitrines des pâtisseries qui fleurissent dans notre ville, et scander "you're number four" avec une voix lascive en imitant Ali Larter ?

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Mardi 5 mai 2009

Lettre II de Himiltrude

De Madame Himiltrude de Chanavae au Chevalier Godomar de Chanavae

Cher Godomar,

Me pardonnerez-vous ce silence indigne d’une mère à qui son pauvre fils, livré à l’angoisse et au désarroi le plus profond, réclamait des paroles rassurantes devant les affligeantes nouvelles qui nous parviennent des quatre coins du monde ? Je n’ai pas été prompte à répondre, j’en conviens, mais lorsque vous connaîtrez les motifs d’un tel retardement, je suis sûre que je serai absoute.

En vérité mon cher fils, j’ai tout d’abord été dans le même état que vous : comme je souffrais d’un léger gratouillement à la gorge, la panique s’est emparée de moi : j’étais le 22° cas de France et la comtesse de Vachelotte l’ignorait ! J’avais contracté cet horrible fléau à Lutèce en me promenant au Père Lachaise où j’avais malencontreusement effleuré la rampe qui me menait à la section 13, là où repose notre regretté poète, rampe qu’avait indubitablement touchée un mexicain en exil fraîchement débarqué sur nos terres, en un mot, j’étais malade, j’allais vous perdre et je n’avais rien fait de ma vie !

Fort heureusement, vous connaissez votre mère, capable des pires excès mais atteinte aussi parfois par des éclairs de raison : j’ai repris mon ouvrage et confectionne désormais des masques blancs brodés avec vos initiales et celle de toute notre illustre famille afin de nous prévenir de toute contagion que cette affreuse peste des temps modernes voudrait nous infliger !

Il faut, pour tout avouer, que je vous dise aussi que les évènements se sont bien bousculés ces derniers temps et qu’entre deux coups d’aiguille je me suis retrouvée hébergée pour trois jours chez nos amis Valentinois. Que voulez-vous, la vie est ainsi faite : au vide et à l’ennui succèdent des moments qui, pour notre plus grand bonheur, ne nous laissent aucun répit. Je vous laisse imaginer la surprise que m’avait concoctée l’espiègle vicomte de L. : une ascentionnelle promenade sur les crêtes enneigées de la montagne qui borde leur province. J’ai cru mourir mille fois mais je reconnais les délices que procurent le vertige des sommets et la beauté du monde vu d’en haut. Le vent qui y souffle s’amuse à nous faire vaciller comme des brindilles et se moque de notre gravité terrestre. Son bruit sourd nous saoule et cingle nos tympans, nous obligeant alors à rentrer la tête et plier les épaules comme si nous étions poursuivis par un importun plaisantin imitant à nos oreilles la voix du fantôme. Sa violence ludique nous pousse sans indulgence : ces hautes terres ne nous appartiennent pas, nous ne méritons pas de vivre là, l’ air y est trop pur et trop saturé et qu’en redescendant nous trouvons bien doux l’abri de la vallée et son air vaguement infesté !

Bien à vous,

Votre mère dévouée.

Chanavae, ce Mardi 5 mai 2009

Lettre VIII d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio au Chevalier Godomar de Chanavae

Très cher Godomar,

J’attends impatience de vos nouvelles, et m’inquiète un peu : pourquoi ne répondez-vous pas à ma dernière lettre ? J’imagine que vous n’avez que peu de temps pour vous. Avez-vous repris votre travail universitaire ? Le mien a repris aujourd’hui même, plutôt difficilement. Mon avenir professionnel est bien sombre en ce moment, puisque je serai dans quelques jours interrogée sur des leçons que je n’ai pas eues ! Je suis extrêmement fatiguée, mais n’ai aucun droit de flancher, je ferai de mon mieux et cela se passera sûrement bien.
Je ne pourrai malheureusement pas venir à Lutèce ce week-end, je ne me souviens pas vous avoir déjà prévenu. J’en suis fort attristée, mais je ne peux me le permettre.
J’ai hier regardé Chungking Express, sur les conseils du Chevalier *** de Lutèce, l’avez-vous déjà vu ? J’aime particulièrement cet univers esthétique.
Dans l’attente de recevoir prochainement de vos nouvelles,

Mes plus belles amitiés,

Eintligarde

Divio, ce lundi 4 mai 2009

Lettre VII d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio à Mademoiselle Gudule de Lutèce

Ma chère Gudule,

J’ai été ravie de vous revoir lors de mon séjour à Lutèce. J’espère que depuis vous allez bien. Je suis tombée l’autre jour sur nos œuvres (qui sont sublimes, cela va sans dire), et elles m’ont arraché un beau sourire. J’ai également ouvert les yeux de plusieurs personnes sur l’affaire de ce boys band fort irrespectueux !
J’espère vous revoir très prochainement, et attends impatiemment de vous lire ici-même !

Joyeuses amitiés,

Eintligarde

Divio, ce vendredi 1er mai 2009

Lettre VI d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio au Chevalier Godomar de Chanavae

Mon très cher Godomar,

Je suis bien triste de savoir que la Dame de la Télévision ne vous a pas rappelé. Ce ne sont vraiment pas des manières de gens civilisés ! J’espère que votre mal est à présent tout à fait passé et qu’Hélios a fait son retour à Lutèce comme sur Divio. En effet, ma belle capitale burgonde est toute éclairée de rayons bienfaiteurs, et la chaleur commence à nous écraser, ce qui n’est pas si désagréable que cela en a l’air.
J’ai reçu tout à l’heure des nouvelles du Chevalier *** de Lutèce (enfin, si nous pouvons appeler ça des nouvelles, mais j’ai tout de même senti mon cœur faire un bond jusque dans mon estomac) J’ai l’autre jour revu le Chevalier *** de *** (je m’en serais bien passé, mais il est arrivé à l’improviste). Je ne sais pas si vous voyez de qui je veux parler, ce Chevalier avec qui j’ai eu une relation il y a quelques années, et qui est toujours épris de moi. Il s’est donc passé ce qu’il devait se passer, et j’avoue honteusement avoir pensé au Chevalier *** de Lutèce pendant que l’autre était là. Mais peut-être que cela ne voulait rien dire, peut-être ai-je juste besoin de reporter mon attention sur un Chevalier quelconque.
Vous me manquez fort, mon très cher Godomar, mais je ne sais toujours pas si je pourrai être là pour le samedi 9. Cela dépend assez de Mademoiselle *** de ***, que vous connaissez déjà il me semble, et de la disponibilité de sa voiture avec chauffeur. Je ne manquerai pas vous tenir au courant.
Je vous demande de m’excuser si parfois je vous agace lorsque je me plains de moi-même, je sais que vous ne le supportez pas. Sachez que mon amitié pour vous est toujours aussi forte, peut-être même de plus en plus.
Je ne manquerai pas faire un tour au firmament, et je m’excuse platement de n’avoir pu le faire depuis lundi, mais j’ai tant de choses à faire avant de reprendre mon travail universitaire la semaine prochaine.
Passez mes amitiés à Mademoiselle Gudule de Lutèce, je m’en vais lui écrire une lettre, mais je doute qu’elle y réponde.
En espérant vous revoir prochainement,

Mes plus belles amitiés,

Votre dévouée Eintligarde

Divio, ce vendredi 1er mai 2009

Lettre V d’Eintligarde

De Mademoiselle Eintligarde de Divio à Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Ma chère Bilichilde,

Recevoir une lettre de vous me ravit ! J’espère que vous vous êtes bien remise de la fatigue consécutive à votre long voyage, et que tout se passe pour le mieux à Lutèce.
Je vois bien de qui vous me parlez, j’ai eu le privilège de le rencontrer grâce à, vous vous en doutez, Autour d’un Arbre. Je serais enchantée de partager quelques scènes avec vous ! Malheureusement, je ne sais toujours pas si je pourrai revenir à Lutèce dans une semaine. Je viendrai si je trouve un moyen de transport plus pratique et moins coûteux que la voie ferroviaire.
Les jours se rallongent à Divio, et le soleil s’y est installé. Tout va pour le mieux, excepté peut-être que je reprends mon travail universitaire ce lundi.
J’espère vous revoir prochainement,

Tendres amitiés,

Eintligarde

Divio, ce vendredi 1er mai 2009

Lettre de X de Bilichilde

De Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil au Chevalier Godomar de Chanavae

Cher ami empressé,

Comment vous portez-vous? Je vais finir par croire que vous n'avez rien d'autre à faire de vos journées que d'attendre le courrier...
Je vous ai en effet répondu deux fois déjà, mais mon postier s'est perdu en route, une première fois à cause des chauves-souris qui lui ont fait perdre la tête et en ont profité pour déchiqueter votre lettre, et une deuxième fois à cause d'une branche qui lui a crevé un œil. Imaginez un peu: tombant alors de son fier destrier, se retrouvant à terre, en pleine forêt, sans personne qui puisse lui venir en aide, et surtout avec un seul œil! (le gauche si vous voulez tout savoir...). Ce pauvre bougre a alors dû crier toute la nuit, cela a eu pour effet de faire fuir les loups (je n'ose même pas imaginer sa manière de crier, cela doit être bien effrayant!). Par chance, au petit matin un pauvre ivrogne unijambiste rentrant chez lui est passé par là et a pu donner l'alerte. Mais je ne vous raconte point dans quel état je l'ai retrouvé. Évidemment je n'ai pu souffrir la simple idée que vous puissiez attendre avec inquiétude ma réponse. Je me suis donc empressée de réécrire celle-ci (pour survivre la nuit mon postier avait dû la manger) et de la faire envoyer par voie pigeonnière. J'espère d'ailleurs qu'elle était en bon état lors de la réception. Veillez à me le préciser lorsque vous m'écrirez en retour, que je sache si je renvoie mon postier borgne ou pas.

J'espère qu'en ce qui vous concerne tout se passe pour le mieux. En effet, comme vous me le disiez dans votre précédent courrier, il faut laisser le temps au temps. Mais il serait fort agréable que ce dernier s'empresse de nous trouver une date pour que nous puissions nous revoir prochainement. J'ai tellement envie de vous raconter tous les détails sanglants de cette affreuse nuit où j'ai dû panser les plaies de mon postier!

Amitié gourmande,

Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Lutèce, ce Jeudi 30 avril 2009

Lettre XIII de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Chère Bilichilde,

Je suis frustré et déçu de constater que, depuis une semaine, vous n'avez toujours pas daigné répondre à mon courrier. Me boudez-vous donc ?

Votre ami intrigué,

Godomar.

Lutèce, ce Jeudi 30 avril 2009

Lettre IX de Bilichilde

De Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil au Chevalier Athalaric de Bellovaque

Mon Cher Athalaric...

J'ai regardé la recette des crêpes Suzette dans mon vieux grimoire portable et je suis dans le regret de vous dire que cela ne pourra malheureusement pas se faire... Tout cela est beaucoup trop compliqué! Des crêpes normales iront parfaitement, vous en conviendrez avec moi!

Amitié gourmande,

Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil

Lutèce, ce jeudi 30 avril 2009

Lettre XII de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Madame Himiltrude de Chanavae

Chère mère,

Quelle joie que de lire ici votre lettre !

Rassurez-vous au plus vite, je n'exècre en rien ce terreau provincial qui m'a donné naissance, et qui a contemplé des années durant ma charmante croissance, ni ne le renie ! Si je préfère aujourd'hui l'effervescente capitale, et la fébrile sensation qu'elle procure à ses habitants, comme si le monde entier gardait en permanence ses yeux tournés vers Elle (impression factice, je ne le sais que trop, mais ô combien plaisante !), ce n'est que pour apprécier davantage les quelques jours de repos que m'offrent -certes trop rarement- les terres burgondes. Je ne peux prétendre que j'aime Chanavae, et vous m'en voyez navré, mais son aînée Divio, cité chargée d'histoire et de charmes, a su séduire mon coeur depuis bien des années.

Je saute ici du Chantecler à l'equus asinus- mais vous m'accorderez volontiers cette audace- pour vous parler de cette fameuse peste du porc qui se répand parait-il à la surface de notre planètes, venant des Indes d'Amérique. Les Aztèques auraient-ils joué à combiner plusieurs souches virales pour créer ce fléau ? Pensez-vous que c'est la main de l'Homme qui a façonné pareille maladie ? Pour ma part, je n'en sais trop rien, mais la lecture de quelques documents recueillis sur le Réseau ont bien vite suscité en moi une sévère inquiétude (vous savez combien je suis prompt à l'angoisse dès que nous abordons ces morbides discussions). Dans l'attente de vos rassurantes paroles, je m'en vais vous laisser, mère, et m'apprêter à dormir.

Votre fils dévoué,

Godomar.

PS : Aujourd'hui, j'ai visionné le métrage d'Eric Rohmer intitulé "La Marquise d'O", le connaissez-vous ? Le personnage de la mère y est particulièrement attachant, et je ne doute pas que vous sauriez passer outre le flot guindé des dialogues rohmeriens pour apprécier l'oeuvre dans son ensemble.

Lutèce, ce Jeudi 30 avril 2009

Lettre I de Himiltrude

De Madame Himiltrude de Chanavae au Chevalier Godomar de Chanavae

Cher Godomar,

Me voici de nouveau établie en ma province burgonde qui à bien des titres n’égale en rien la grandeur et la splendeur de la vôtre. Digne dépositaire du titre de Capitale, votre illustre cité m’a donné la main, considérant sans doute mon extrême timidité à son égard comme une offense à sa générosité magnanime.Elle m’a conduit ainsi dans ses artères, veines et veinules avec une patience jamais dissipée me rappelant à deux occasions seulement (J’en suis encore horriblement déboussolée !) quels étaient son pouvoir, sa force qui consistent à nous attirer, nous perdre, nous dévorer ! Dieu merci, me voici de retour chez les gueux, et, je vous l’assure, cela est rassurant à bien des égards. Tout ici m’est familier, point besoin d’une métaphorique main tendue pour faire le tour de mon domaine.D’un coup d’œil circulaire, j’embrasse le cadre de mon univers familier qui va du tubulaire portail noir arrosé par la sournoise innocence de la gent ailée (Je suis toujours frappée par l’étonnante maîtrise de la verticalité dont ces animaux-là font preuve et combien ils ont à cœur de nous en rappeler les deux extrémités ! La noblesse de l’âme que traduit leur envol poétique ne laisse pas d’oublier les fienteuses bassesses de ce monde que nous, humains, savons si bien cacher derrière les convenances), à la haie de bambous prétendument exotiques.Oh je sais me direz-vous, c’est d’une tristesse à faire rentrer une grenouille dans la vase par temps de pluie ! Mais c’est ainsi, ce cadre-là est le mien, je l’exècre parfois, souvent je l’avoue, mais ne le renie pas. Cher Godomar, souvenez-vous que vous venez de là et, du haut de votre forteresse enchantée, n’oubliez pas la modeste demeure qui fut et reste la vôtre.

Votre tendre mère.

Chanavae, ce Mercredi 29 avril 2009

Lettre VIII de Bilichilde

De Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil au Chevalier Athalaric de Bellovaque

Cher Athalaric,

Comment vous portez-vous ? La vie à Bellovaque continue-t-elle son doux chemin ? Les beaux vents annonciateurs de soleil sont-ils venus vous chatouiller les oreilles? Ici à Lutèce, j'ai eu la chance d'y avoir droit! Mais la raison de cette lettre est en faite très simple:
Figurez-vous que moi, Bilichilde de Bonaguil, connue et reconnue pour son appétit sans limites, et bien je n'ai rien mangé aujourd'hui, si ce n'est 4 pauvres petits biscuits sec avec un bol de lait ce matin à 7H30 très précisément !!!
Vous imaginez??
Alors, en plein milieux de mon cours d'anglais, vers 13H30, je me suis dit:
"C'est pas possible, mon petit ventre est-il malade?? Il ne réclame point sa pitance !!! Que se passe-t-il ??"
Et puis vers 14H30:
"Mon horloge biologique a-t-elle un problème ? Dois-je consulter? Je n'ai toujours pas faim... Grand mystère!"
Et d'ajouter vers 17H:
"Olala, mais je m'étonne moi-même, je vais établir un record jamais égalé dans ma, encore, très courte vie... Quel suspens, que tout cela est palpitant, jusqu'où vais-je aller ??"
Sachant que je vois votre cher et tendre ce soir pour 20H, imaginez la chose: cela fera 14H30 que je n'aurai rien mis dans mon petit bidon !!!
Je vous rassure quand même, cela est sûrement passager!
Dès que vous reviendrez nous voir à Lutèce, je vous préparerai de bonnes crêpes Suzette!

Au plaisir de vous revoir,

Amitié gourmande

Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil


Lutèce, ce Mercredi 29 avril 2009

Lettre XI de Godomar

Du Chevalier Godomar de Chanavae à Mademoiselle Eintligarde de Divio

Chère Eintligarde,

Ma souffrance s'est largement atténuée aujourd'hui, toutefois elle m'a empêché de participer à une festivité organisée hier soir par Mademoiselle Gudule de Lutèce en l'honneur du retour de Mademoiselle Bilichilde de Bonaguil à Lutèce, et cet état de fait a provoqué en mois mille et un tourments que je ne saurais décrire avec justesse. Je n'ai donc point été en mesure de transmettre à Bilichilde vos amitiés, mais croyez bien que je n'y manquerai pas.
Ce soir, mon I.G.M. quitte Lutèce pour retrouver son époux à Chanavae, et Mademoiselle *** de ***, votre amie que vous connaissez depuis le lycée et qui entretient une relation avec un ibère madrilène, m'a donné rendez-vous pour assister à une pièce de théâtre, à laquelle je ne sais point encore si je pourrai assister, dépendamment de mon état de santé.
Je suis fort attristé d'apprendre que Divio vous a accueilli dans un style tout à fait 'mousson', mais sachez qu'ici le temps est fort capricieux depuis votre départ. Il ne faut pas vous laisser abattre, et, si j'étais vous, j'oublierai illico presto ce malotru sans nom, indigne de votre personne, sans même attendre de sa part la moindre nouvelle. Je sais mieux que quiconque que vous êtes dans l'erreur lorsque vous prétendez n'avoir besoin de personne, mais fort heureusement, votre noble félin aux accès de rage ravageurs est à vos côtés pour veiller sur votre personne. Chassez donc toute honte de votre âme, car ce malin sentiment n'y a certainement pas sa place !
Pour finir, sachez que mon entretien n'a pas eu lieu, car la vile Dame de la Télévision n'a pas daigné me recontacter comme elle en avait pourtant fait le serment. Je sais bien que ces gens n'ont aucune parole, mais le savoir théorique ne procure pas les mêmes douleurs que le constat factuel. Je tenterai ma chance en l'appelant cette après-midi, en espérant que, cette fois, la chance me sourira et fera avancer les choses.

Mes sincères amitiés,

Godomar.

Lutèce, ce Lundi 28 avril 2009.