De Madame Himiltrude de Chanavae au Chevalier Godomar de Chanavae
Cher Godomar,
Me voici de nouveau établie en ma province burgonde qui à bien des titres n’égale en rien la grandeur et la splendeur de la vôtre. Digne dépositaire du titre de Capitale, votre illustre cité m’a donné la main, considérant sans doute mon extrême timidité à son égard comme une offense à sa générosité magnanime.Elle m’a conduit ainsi dans ses artères, veines et veinules avec une patience jamais dissipée me rappelant à deux occasions seulement (J’en suis encore horriblement déboussolée !) quels étaient son pouvoir, sa force qui consistent à nous attirer, nous perdre, nous dévorer ! Dieu merci, me voici de retour chez les gueux, et, je vous l’assure, cela est rassurant à bien des égards. Tout ici m’est familier, point besoin d’une métaphorique main tendue pour faire le tour de mon domaine.D’un coup d’œil circulaire, j’embrasse le cadre de mon univers familier qui va du tubulaire portail noir arrosé par la sournoise innocence de la gent ailée (Je suis toujours frappée par l’étonnante maîtrise de la verticalité dont ces animaux-là font preuve et combien ils ont à cœur de nous en rappeler les deux extrémités ! La noblesse de l’âme que traduit leur envol poétique ne laisse pas d’oublier les fienteuses bassesses de ce monde que nous, humains, savons si bien cacher derrière les convenances), à la haie de bambous prétendument exotiques.Oh je sais me direz-vous, c’est d’une tristesse à faire rentrer une grenouille dans la vase par temps de pluie ! Mais c’est ainsi, ce cadre-là est le mien, je l’exècre parfois, souvent je l’avoue, mais ne le renie pas. Cher Godomar, souvenez-vous que vous venez de là et, du haut de votre forteresse enchantée, n’oubliez pas la modeste demeure qui fut et reste la vôtre.
Votre tendre mère.Chanavae, ce Mercredi 29 avril 2009